musique, album, artistes libres, liens
nouvelle de science fiction
par Reno B.
Chapitre 3
Dès l'entrée du bâtiment, une seule couleur s'impose au regard. Celle justement de l'absence de couleur : le blanc. Les lumières solaires disposées aux angles des murs et du sol laissent supposer une hauteur immense de plafond, faiblement éclairé. Le long couloir est totalement vide. Seule, une musique, chargée de longues sonorités apaisantes, remplie l'espace et le rend réconfortant. Le sol est couvert d'une matière plastique qui possède la propriété d'absorber le bruit des pas. Cette surface est agréable. Les pieds s'enfoncent de quelques dixièmes de millimètres, ce qui favorise la détente et l'apaisement des personnes. Ce couloir central est rectiligne. Il fut étudié dans ses moindres détails pour le confort des personnes qui se rendent dans les salles réparties sur la gauche du couloir. Au nombre de douze exactement. Douze étant le nombre symbolique de l'unité et de la perfection.
Les portes menant à ces douze salles sont dissimulées dans le mur. Seule une ligne grisâtre, définissant le contour en arc de cercle des portes, est visible. Il suffit de se placer devant l'une d'elle pour qu'elle s'ouvre automatiquement, si elle n'est pas déjà occupée. Plus exactement, pour qu'elle s'efface d'elle même, laissant l'ouverture libre pour pénétrer dans une salle de quatre mètres de diamètre. Cette salle, comme ses voisines, est une sphère blanche, sans mur ni plafond. Seul le sol est plat pour des raisons techniques et de commodités. A l'opposé de l'entrée, une porte, identique à la précédente, s'incruste sur la surface murale arrondie. Il s'agit de la porte de sortie, dite porte du voyage. Au centre de la pièce se situe un lit de bois blanc couvert d'un drap brun.
La salle, lorsqu'elle est vide, est éclairée là aussi par des lampes solaires diffusant une lumière identique à celle de l'astre extérieur. Ces lampes, situées sous le lit, éclairent en direction du mur. Quand la salle est en service, c'est à dire lorsqu'un spectateur l'occupe, celui-ci vient s'allonger sur le lit. Un guide l'aide à s'installer et le recouvre du drap brun qui vient automatiquement se poser sur les formes du corps, sans le serrer, afin de permettre au spectateur de ressentir pleinement sur sa peau les effets du film projeté. Quelques instant plus tard, la luminosité des lampes s'estompe peu à peu et la pièce est plongée dans une obscurité complète pendant quelques secondes. Une image naît au zénith, là où se pose le regard de la personne alitée. Cette image, d'abord fixe, s'agrandit progressivement pour recouvrir l'ensemble de la salle sphérique. Le film commence.
Le film commence instantanément dans chacune des douze salles identiques. Douze spectateurs privilégiés visionnent le film unique. Un film spécialement adapté pour eux. Un film qui mettra en éveil leurs cinq sens. Un film qu'ils pourront voir, bien sur, bien que le spectateur ait les yeux fermés pendant la projection. Un film qui leur permettra aussi de sentir l'air environnant. Qui leur fera toucher l'eau de l'étang, le sable et l'arbre mort. Qui leur permettyra de ressentir la fraîcheur de l'ombrage et aussi la chaleur du soleil et des grains de sables. Un film qui leur donnera la possibilité d'entendre le vent siffler à leurs oreilles. Et les grains de sables des dunes roulant sous leurs pieds produiront des picotements dans leur corps et sur leur peau, tout comme l'eau qui sera goûtée.
Cette technologie fut mise au point il y a très longtemps maintenant. Cependant, elle fut approfondie spécifiquement pour ce type de séance, où le spectateur devient l'acteur principal et unique. C'est le but même de ce film. Le seul. La difficulté principale pour la réussite du programme résidait dans l'apparition de l'être. Au moment où celui-ci se retrouve face à face avec l'acteur pour lui remettre la coupe d'eau, acte primordial du scénario. L'être devait être le plus neutre possible et apporter à la fois la sérénité et la plénitude nécessaire pour l'acteur - spectateur. Les capteurs installés sur le lit apportent au spectateur la possibilité d'intégrer complétement le film. Dans ce sens où il fait partie intégrante de l'histoire. C'est son histoire à lui, et à lui seul, qui se déroule devant lui. Ce sont ces mêmes capteurs qui, par la nouvelle technologie, créent un être en fonction du spectateur lui-même. De sa pensée, de sa mémoire, de son passé qui lui est propre. Bien que toujours de même apparence physique et de même attitude, l'être de lumière (c'est le nom que les programmeurs lui ont donné) devient un être familier pour le spectateur. Il le reconnaît dans ses traits parce qu'il l'accepte comme tel.
Cette matinée, le film unique vient d'être diffusé. Sur les lits reposent les derniers spectateurs. L'image s'est retirée de la sphère et les lampes solaires sous le lit atteignent l'intensité lumineuse recherchée. La soufflerie intégrée évacue en quelques secondes l'oxygène pollué, pour le remplacer par un nouveau, conforme à la norme humaine. Malgré celà, les guides qui pénètrent dans la salle possèdent toujours une double protection, nasale et buccale. Chaque guide conduit son spectateur dans la seconde pièce, dont la porte s'ouvre aussitôt le renouvellement de l'air terminé. Cette pièce est très petite et étroite. Seul le lit peut y entrer. Le guide restant en retrait, sur le seuil de la porte, observe le bon fonctionnement. Un long bras métallique sort du mur d'en face pour soulever le spectateur endormie. Le guide retire le drap et le lit. Du sol, un cube de la dimension de la pièce, formé de différents alliages, se soulège jusqu'à hauteur du bras métallique qui se replis ensuite sur lui-même; lentement dans le mur. La porte sphérique se referme après que le guide se soit retiré. L'atmosphère régnant dans la petite pièce close ne permet à personne d'y rester. Aucun coprs quelqu'il soit ne résiste aux gazs libérés dans la pièce, et encore moins à une telle chaleur artificielle. En maximum deux minutes, les métaux les plus résistants, soient tombent en poussière, soient fondent comme neige au soleil. C'est selon l'atmosphère dégagée. Dans le cas présent, la machinerie a déjà calculé le poids et les pourcentages de liquides et de matière grasse à consumer, et elle ne fonctionne qu'à douze pour cent de ses capacités totales.
Une boîte carrée de vingt quatre centimètres de côté est libérée après seulement quinze secondes de combustion. Une soufflerie envoie les cendres vers elle, ne laissant plus rien apparaitre sur le cube ainsi nettoyé. Un nouveau bras télescopique se déploie et, entre deux pinces, s'empare de la boîte pour la déposer sur un rail découvert dans le mur du fond. La petite boîte cheminera maintenant jusqu'à son refuge.
Le grand caisson reçoit les douze derniers arrivants de sa nouvelle cargaison. Le vingt cinquième jour, le caisson est envoyé sur la Basse Centrale de Lancement, où le rejoignent neuf autres refuges venant des neuf autres cités. Les connexions établies entre les différents caissons, les dernières vérifications effectuées, les refuges sont installés sur la navette. L'équipage montera à bord de l'éternité quelques minutes plus tard.
Dans dix secondes la navette roulera sur l'immense piste pour prendre son envol, ... 9, ... il lui faudra quelques heures seulement pour atteindre l'altitude programmée sur l'ordinateur de bord de la navette, ... 8, ... elle survolera la Terre à plus de 148 000 kilomètres d'altitude, à la perpendiculaire de l'équateur terrestre, ... 7, ... l'équipage attendra à partir de ce moment l'ordre du Centre de Contrôle, ... 6, ... au même instant, dix caissons - refuges rouleront vers les dix Centres de Planifications, ... 5, ... de nouveaux guides auront préparés les salles pour la séance suivante, ... 4, ... le Centre de Contrôle donnera son accord au Commandant de Bord de la navette l'éternité, ... 3, ... de nouveaux spectateurs arriveront de leur propre volonté dans les salles de visionnage, ... 2, ... les lumières faibliront progressivement et le film unique débutera par son image fixe, centrale, ... 1, ... les dix refuges de la navette s'ouvriront, leur contenu sera aspiré par le vide de l'espace, libérant ainsi des milliers de milliers de poussières d'étoiles, ...
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1. rienafoutre Le 25/03/2009 à 17:50
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